L'impasse Diaspora*

Diaspora* est un réseau social "alternatif". Je met des guillemets mais il ne faut pas se méprendre sur leur sens : selon moi Diaspora*, par son aspect décentralisé, est bien plus proche du web natif que les facebook et autre Twitter, qui sont, pour le coup, les vrais "alternatives" au web d'origine. Disons donc que Diaspora* (D* pour les intimes) est un réseau social alternatif à Twitter et Facebook.

Diaspora* a suscité mon intéret lors du lancement du site "Dada contre les Gafa", où il était conseillé de se dégoogliser en rejoignant ce réseau.

(parenthèse hilarante)
Les conseilleurs n'étant toutefois pas les payeurs, on aura du mal a dénicher le compte d'un seul des promoteurs du projet (davduf, Akoufen, Anita Hugi, Arte) sur Diaspora*... Ajoutons du portnawak à l'ironie : la campagne "dada contre les gafa" propose aux internautes d'installer un plugin de style adblock customisé dada (qui remplace les pubs par des slogans dadaïstes), puis de faire des captures d'écran et de les poster avec le hashtag #dadablock, devinez où ? Bingo : "Post on Twitter/Instagram/FaceBook with #DadaBlock! Change your life, remix Internet". Et Diaspora* ? Nan mais Diaspora* on s'en branle, Diaspora* c'est pour ceux qui veulent se passer des gafa, pas pour ceux qui conseillent aux autres de s'en passer.
Il y aurait vraiment beaucoup à dire sur ces pionners de l'internet qui ont laissé se propager un web de merde, centralisé, ultra technique, qui l'ont vaguement critiqué tout en l'alimentant abondamment et ont largement participé à le rendre incontournable. Faites ce que je dis, mais laissez-moi loler avec mes potes.
Bref... fermons cette parenthèse.
(fin de la parenthèse hilarante, j'espère que vous vous êtes bien hilarés)

Je me suis donc de nouveau retrouvé face à la campagne de dégooglisation de l'internet, lancée par Framasoft. Je suis allé faire un tour du côté de Diaspora*, et je fus UN PEU emballé.  Diaspora* est une sorte de Twitter, mais sans la limitation à 140 caractères, qui fonctionne beaucoup sur les hashtags (si vous suivez le hashtag "#loitravail" par exemple, vous accèderez à une véritable mine d'information postée par les autres membres).

Avant d'aller plus loin, il me faut entrer un peu dans la technique. Diaspora* est un réseau décentralisé, cela signifie qu'il n'y pas un seul site unique qui sert de point d'entrée (comme facebook.com par exemple). Il existe plusieurs points d'entrée (appelés "pods"). Ces points d'entrée tournent avec le logiciel Diaspora*, et sont tous connectés entre eux pour former un grand réseau : Diaspora*. Diaspora* est à la fois le nom du réseau et le nom du logiciel qui permet de faire tourner les points d'accès au réseau.

Framasoft, une association loi 1901 bien connue pour faire la promotion du logiciel libre, a installé un pod Diaspora* il ya de cela deux ans. Depuis le logiciel à (un peu) muri et bon nombre d'utilisateurs ont rejoint le réseau, notamment grâce à la renomée de Framasoft qui va au delà des cercles informatiques classiques, et touche un plus grand public. Il ya désormais plus de 30.000 inscrits sur Framasphere (le pod de Framasoft).

Décentralisation, logiciel libre, gestiond'un point d'accès par une "grosse" asso (disons que l'asso est suffisamment solide pour que l'on puisse parler de pod pérenne... ceux qui ont connu "identi.ca", et sa fin subite comprendront que ce point est important), tout cela m'a emballé au point que j'en fasse une brochure et que je tente de faire venir du monde en la distribuant partout où je me sui posé.

Seulement voilà, Diaspora* est en fait un peu un piège, pas évident à cerner de prime abord. Je vais tenter d'expliquer :
- Diaspora* n'est pas vraiment décentralisé. Si vous suivez le #infopunk (qui est le tag que je conseille dans la brochure précitée pour partager les infos de type concerts, sorties d'albums, podcast, etc), vous ne suivez finalement que les messages de votre pod qui sont tagué avec #punk (ou alors il ya des réglages subtils). Par exemple sur Framasphere cela donne >ça<, mais sur Pimpmypony (un autre pod, visiblement installé par un étudiant rennais), cela donne >ça<, et sur Hashtagueule (autre pod francophone) cela donne >ça<. Du coup, si on est pas sur le même pod... ben on voit pas les mêmes choses. La notion de décentralisée, elle prend quand même un peu cher vu sous cet angle.
- Diaspora* est difficile à installer. Sans rentrer dans les détails, sachez qu'un site web tourne habituellement en php, c'est le langage de programmation le plus répandu, et celui que l'on trouve disponible sur la plupart des hébergements (associatifs comme commerciaux). Diaspora*, lui, tourne avec Ruby. Installer un pod nécessite donc des compétences plutôt rares.

Ces deux points fonctionnent un peu comme les machoires d'un terrible piège (bonjour moi c'est super métaphorman), car si tu es confortablement installé sur un pod et que tu veux en changer pour une super bonne raison, et bien, c'est super pas gagné.

Et la super bonne raison, elle vient juste de pointer le bout de son blair. Framasoft, qui héberge donc le pod "framasphere" pour lequel j'ai fait une bonne grosse propagande, vient de procéder à un lancement de CHATONS (c'est un acronyme à base d'Hébergement et de Solidaire et de Neutre, et de cetera). Et dans leur communiqué de lancement, on apprend que Framasoft "va accompagner (gracieusement) trois d’entre eux" (des chatons, donc). Et parmi ces trois :

le mouvement Colibris, qui est un mouvement humaniste et écologiste qui souhaite « sortir de Google ». Une sensibilisation des acteurs du mouvement Colibris permettra de toucher une population sensible aux questions du bien commun et du « faire ensemble »

 

Alors là, en fait, comme on disait au siècle dernier "je crois que ça va pas être possible". Les Colibris c'est le machin à Pierre Rabhi : sectaires, réac, confusionnistes, la liste est longue, très longue (et si vous n'avez jamais entendu parler de la face cachée de l'anthroposophie ardéchoise, jetez un oeil ici, la, et la, et la, et , etc...). Du coup je ne m'étonnes plus de voir arriver tout plein de nouveaux framanautes fana de #permaculture : le pod est infesté de colibris.

Et ça m'embête. Ce qui m'embête c'est pas qu'il yait des colidébris sur le réseau social que je squatte, ce qui m'embète c'est de faire la propagande pour Framasoft, une association qui aide gracieusement les rabhinautes et dont on peut objectivement dire désormais qu'elle est proche des Colibris.

Alors que faire ? La première idée qui vient à l'esprit, c'est de changer de pod... Le deuxième plus gros pod francophone, c'est celui de Mr Mondialisation. Supaire (l'article d'où est tirée cette magnifique capture d'écran est ici).

En trouver un plus sympa, plus petit, jusqu'au jour où je m'apercevrai des liens chelous des tauliers du pod... ouais bon, autant monter son propre pod. Ce qui est, comme nous l'avons vu, une gageure quasi impossible (en ce qui me concerne j'en suis bien incapable) et de toutes façons les messages que je posterai sur mon pod ne seront pas vus sur les autres pods (uniquement par ceux qui me suivent déjà).

Autant vous le dire, je suis un peu dégouté là. Je n'ai pas encore fermé les comptes que j'ai ouvert sur D*, mais j'ai arrêté toute propagande, et n'alimente pratiquement plus aucun flux. Je continue à consulter mon stream de temps à autres, c'est à dire mon fil d'information, mais concrètement, pour moi, l'expérience Diaspora* est terminée. En eau de boudin il faut bien l'avouer.

Il existe d'autres réseaux sociaux alternatifs, comme Friendica, bien moins fréquentés, mais qui semblent plus accessibles en ce qui concerne leur installation. Il n'est donc pas impossible que je teste tout cela plus en détails.
En attendant j'ai ouvert un compte sur Seenthis, pour LaDistroy... cela permet de relayer de l'info punk, en complément d'InfoPunk.net.

Affaire à suivre comme on dit...

 

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