Métro, poésie, et contrôle social

Mercredi dernier, Charline Vanhoenacker recevait Augustin Trapenard dans son émission Si tu écoutes j'annule tout, sur France Inter. Augustin Trapenard, l'homme qui murmure à l'oreille des pédophiles (*), était présent en tant que président du "Grand Prix Poésie RATP 2017". Le truc qui déchire. Et puis on sent bien que ce grand prix de polésie c'est PAS DU TOUT une opération bidon pour redorer une image pourrie le reste de l'année.
Parce que le reste de l'année, la RATP et le tromé c'est un peu le lieu du contrôle social agressif par excellence.
Contrôle social par le gigantesque matraquage publicitaire. "Dans la rue, la publicité est régie par différents codes. Le code de l’environnement qui encadre la publicité à l’extérieur dans les villes, accompagné d’un règlement local pour la publicité (RPL). Mais la RATP, n’y est pas soumise. Et fait donc ce qu’elle veut dans ses couloirs. A l’image d’une publicité subliminale qui avait été montée par Nike dans une station de métro fantôme ou la multiplication de ces écrans." (20mn). Pour les non-parisiens, il faut savoir que la RATP, à la pointe de la technologie, a mis en place ces dernières années une énorme quantité d'écran vidéos publicitaires, détestés par les usagers.
Contrôle social des femmes par le harcèlement généralisé. Faut-il le rappeler, dans le métro, 100% des femmes ont subi au moins un harcèlement sexuel. «Ce phénomène provoque largement et régulièrement des états de peur, de stress, de colère ou d’impuissance, qui constituent une réelle pression psychologique voire physique. Cela entretient un sentiment d’insécurité et peut avoir des conséquences en termes de comportements ou de santé» (raport du Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes, cité par Libération). Danielle Bousquet (présidente du HCEFH) ajoute, «Ces violences entravent la libre circulation des femmes qui sont contraintes de s’adapter à ce système machiste. On leur refuse le droit d’être librement dans l’espace public» (idem).
Contrôle social des personnes racisées par les contrôles au faciès répétitifs. Évidemment, les contrôles au faciès sont interdits. Même les simples contrôles par les agents de la RATP sont interdits, ils ne sont pas habilités à le faire. Mais la vie réelle n'est pas la vie légale, et les contrôle aux faciès sont bien monnaie courante. Et que ce soit par des flics assermentés ou par des agents non habilités, le contrôle social s'opère avec la même agressivité chez nos amis poètes de la RATP.
Contrôle social par la répression de la pauvreté. Ca manquait dans la liste des infamies du métro.  Les philanthropes de la RATP n'ont rien trouvé de mieux à faire que de se lancer dans la chasse aux sans abris en installant des bancs anti-sdf.

Bref, le métro c'est pas l'endroit le plus classe du monde, pas l'endroit le plus propice à la poésie. Mais pour s'acheter une image à bon marché (à la limite de la mesquinerie) (2000€ de lot au total, sérieux) (le règlement en pdf est >ici<) (il est précisé : "les frais de déplacement pour se rendre au lieu de retrait des lots resteront à la charge du gagnant.") (à noter aussi que 10 poèmes seront affichés, et seulement 3 feront gagner des lots à leur auteur.e), la RATP ne recule devant rien. Après la musique (la RATP sélectionne les "musiciens du métro") la RATP se fait organisme d'homologation de la poésie : c'est plus une entreprise de transport de voyageurs, c'est un référent culturel !

Et franchement, à quoi ça sert ces encarts minuscules de poésie dans le métro ? Sinon à faire d'une pierre deux coups : et d'un je redore mon blason d’entreprise associée à du contrôle social outrancier, et de deux j'utilise la poésie comme relaxant cérébral pour mieux préparer le cerveau des usagers à encaisser les pubs criardes qui tapissent les murs et les wagons (comme la musique sur les radios commerciales relaxe le cerveau entre deux tunnels interminables de publicités débiles, comme les émission de TF1 servent à Bouygues à rendre les cerveaux  disponible pour être vendu à Coca-cola). La RATP avec ses artistes homologué.e.s devient producteur de contenus, du contenu créé par d'autres, comme youtube et facebook. Et il ya fort à parier que ses foutus écrans vidéos publicitaires si détestés aujourd'hui ne deviennent à leur tour des média de contenus créées par les usagers, histoire de créer de la valeur ajoutée aux encarts publicitaires.

La RATP ne fait rien d'autres que d'emboiter le pas des Google, FB et autres stars du web 2.0 qui vendent de la pub grace aux contenus générés par les utilisateurs (UGC, users generated content, concept qui sentait un peu le moisi alors on le peaufine avec la notion de Digital Labour, mais bon, c'est du kif). Faites de la zique, faites de la polésie, nous on la diffuse "gratuitement". Et le système publiciatire se frotte les mains...

... et Trapenard peut continuer à murmurer la conscience tranquille. Enfin, va savoir, parfois les boomerangs ça revient en pleine poire.

 

(*) Ah ce merveilleux moment de radio où ledit Augustin Trapenard, recevant Roman Polanski, lui demande de ce ton intimiste et sirupeux qui a fait la marque de fabrique de son émission matinale Boomerang : "Bonjour Roman Polanski, merci d'être là... qu'est-ce que vous trouvez indécent, vous, aux Etats-Unis ?". Le mec il reçoit un pédophile avéré et lui demande, tranquillou ce qu'il trouve indécent aux states. Malaise.
A noter aussi que dans sa présentation, Trapenard dit de Polanski qu'il est persona non grata aux stazunis.  Persona non grata, rappelons-le, signifie "indésirable". Or c'est tout le contraire, la justice américaine aimerait beaucoup que Polanski revienne dans son pays, la preuve, elle a lancé contre lui un mandat d'arrêt international en 1977. Il ya fort à parier que si Polanski prenait l'avion poour les USA il serait accueilli avec grand plaisir par une bonne partie de la population (y compris judiciaire). Mais que voulez-vous, "persona non grata" ça fait quand même plus rebelle que "recherché pour viol sur mineure". Et ça compte la rebellitude quand on est un poète matinal du service public.

 

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